Je suis allé pas mal de fois à Caracas depuis deux ans. Mais n'ayant pas de voiture, j'ai fait comme les autres, j'y suis allé en bus. Et évidemment, en bus pendant presque cinq heures, pour ma part, j'ai bouquiné, regardé la télé, ou écouté un peu de musique avec mon baladeur mp3, mais je ne regardais pas vraiment comment cela se passait sur les routes. J'ai eu tord.
Ma surprise fut immense quand, revenant au Venezuela, ma compagne me demanda d'aller à Caracas avec sa voiture flambant neuve. J'ai résonné comme un mec qui conduit naturellement en France et qui ne déteste pas du tout prendre le volant, même si je préfère, et de loin, un guidon et deux roues. Mais ici, on ne conduit pas vraiment avec les mêmes règles de conduites. Un petit tour sur la page conduire devrait vous en convaincre.
On est donc allé à Caracas à l'aide de la nouvelle voiture. Ma compagne m'a demandé de conduire car elle
ne l'avait pas encore bien en main. Moi, je me disais que cela ne représentait pas un problème, même si
l'on dit ici qu'il vaut mieux connaitre la route pour la pratiquer.
Cet argument, selon moi, ne tient pas la route (si je puis dire), puisque si tu ne pratiques pas, tu ne
vas jamais connaitre et donc, tu ne progresses jamais. Mais bon, rien d'anormal me dis-je, on est au
Venezuela, pays ou l'ignorance progresse un peu plus chaque jour.
Il y a 330 bornes entre Puerto la Cruz et la capitale. Mais ici, on ne parle pas en nombre de kilomètres car bien souvent, on ne le connait pas. On parle en heure de trajet et on dit qu'il faut entre 3h et 3h30 pour arriver à Caracas, quand il n'y a pas de problème.
Première recommandation de ma compagne: "évite les trous sur la route!". Moi je veux bien essayer, mais je ne vais pas aller de l'autre coté, en sens contraire, pour éviter un trou. Erreur, les autres (ceux d'en face) ne se privent pas! Et j'ai eu rapidement la très désagréable impression que ce voyage n'allait pas bien se passer.
Au fur et à mesure que je roule, j'évite les nombreux trous, quand je peux, tout en serrant les fesses quand je vois un gros connard venir en face sur ma voie, alors qu'il évite à son tour les grosses imperfections de la route. J'essaye de viser au plus juste pour que la voiture passe au dessus des nids de poules, entre les roues, quand je les vois à temps. Cela me parrait plus logique que de faire une grande embardée en allant sur la file en sens contraire. De même, quand je peux éviter les déformations en me décalant sur ma droite, je trouve cela plus judicieux que d'aller à l'extreme gauche de la route. Mais tout le monde n'a pas ma logique qui me parait pourtant simple.
Plus tu vas vite, moins tu as le temps de viser où tu peux passer. Il faut donc adapter sa vitesse en fonction de l'endroit. Sur certaines portions, il est impossible de maintenir une vitesse constante. Je suis obligé de freiné pour ne pas entrer trop vite dans un trou et je ne peux pas me déporter si une auto arrive en sens contraire. Bien sûr, je me fais klaxonner par d'autres derrière moi qui ne voient aucun problème à entrer avec leur 4x4 à 100km/h dans un trou de 20cm de profondeur. Il n'est pas vraiment possible de lever les yeux pour regarder le paysage. On doit faire attention aux véhicules qui arrivent en face et aux nombreuses déformations de la route.
La vitesse limite est bien souvent indiquée à 80km/h. Mais je n'ai jamais vu un seul radar ni un seul contrôle d'alcoolémie. Et pourtant, au niveau alcool, il y a de quoi faire!
La voiture est à boite automatique et n'a donc aucune reprise. Pour doubler, il faut prier, mettre le pied au plancher et surtout avoir pas mal de visibilité au loin. Comme tout le monde navigue sur la route, il est difficile de voir si une voiture arrive en face car j'ai l'impression que les voitures tentent de doubler. Mais non, elle évitent les nids d'autruches sur le goudrons.
On a fait 180km et on arrive à un village que l'on appelle El Guapetón.
C'est un village sorti de nulle part. Le lieu a l'avantage de se situer grosso modo à la moitié du
parcourt entre Barcelona et Caracas. De nombreux commerces de restaurations se sont montés là ainsi
qu'une station service. A part cela, il n'y a rien. Beaucoup de bus s'y arrêtent ainsi que de nombreuses
voitures pour faire le plein de la machine et du pilote. L'endroit permet aussi de faire une pause
mécanique pour pas mal de voitures anciennes.
Il pleut depuis maintenant 30 bornes. Le problème, quand il pleut, en plus de faire remonter toute l'huile échappée des moteurs américains à bout de souffle (et il y en a beaucoup), c'est de masquer les trous ou du moins de masquer leurs tailles et leurs profondeurs. Donc, je me prends un trou (voir même une piscine) par la roue avant droite aux environ de 80-90km/h.
On ressent un très gros choc et le volant commence à trembler sacrément. Bref, on a crevé. Super, il
pleut et il n'y a pas de quoi s'arrêter. Je fais quelques centaines de mêtres à plat, lentement et avec
mes warning, dans l'espoir de trouver un endroit pour changer ma roue. Je m'arrête dans une grande ligne
droite, à moité dans un endroit où l'herbe est moins haute. La terre est bien molle et la boue n'est pas
loin.
A moitié dans l'herbe, cela veux dire que l'autre moitié est sur la route. Tout le monde nous klaxonne et
passe très prés de nous, même quand il n'y personne en face et donc que l'on pourrait sans risque
s'éloigner du véhicule.
Je suis vraiment dans un pays d'ignares qui n'hésitent pas à rouler en sens contraire pour éviter les trous, qui ne bougent pas leur bagnole quand elle est en panne au milieu de la route, mais qui ne peuvent pas se déporter quand il y a une voiture en panne et qui n'empiète que d'un mètre sur la route!
Je sors le cric et la roue de secours (qui n'est pas crevée) et je commence à desserrer les 4 écrous de roue. On est dans l'herbe humide et je crains que le cric ne s'enfonce de trop dans la terre. Je monte la voiture avec le cric qui n'a pas de manivelle. Enfin, je n'en vois pas.
C'est super pratique de faire monter cette bagnole demi tour par demi tour avec un tournevis. Le cric commence à s'enfoncer doucement dans le terre. La voiture est suffisamment montée pour enlever la roue alors que les autos filent et que leurs souffles font trembler la bagnole.
Ma compagne me demande où sont les clefs de contact. Je n'y ai pas touché. Elle les avait dans sa poche mais les a perdu, puisque ici, on a coutume de faire ressortir des poches la télécommande de l'alarme. Cela devait dépasser un peu trop. On cherche pas trop longtemps dans l'herbes et on les retrouve.
Elle décide de poser un triangle de signalisation à 10m derrière la voiture pensant que c'est suffisant. Etant suffisamment énervé, je ne manifeste pas l'argument qu'il est trop près de nous. De plus, on est dans une grande ligne droite alors on devrait nous voir de loin. Dans un pays où on ne fait rien et où on ne pense à rien en terme de sécurité, c'est déjà bien d'avoir penser à poser un triangle.
Arrive à fond un bus datant de Mathusalem qui klaxonne joyeusement et qui passe bien prés de la bagnole qui était déjà dans un équilibre précaire. Le souffle est décoiffant et la bagnole commence à bouger sacrement, puis je vois le cric qui s'enfonce. Je m'écarte, et vlan, la Mitsubishi Signo se casse la gueule!
La bagnole est posée sur le disque de frein dans la boue et le cric est incrusté dans le sol. Je suis content! La pluie commence à se faire plus fine puis s'arrête. C'est le bon moment pour rechercher une cale en bois, un bout de planche ou n'importe quoi à poser en dessous le cric pour qu'il ne s'enfonce pas une nouvelle fois.
Je ne trouverais qu'un caillou suffisamment plat en guise de cale. Par chance, le cric ne s'est pas plié lorsque la voiture est tombée. Je le réutilise sans problème et change ma roue rapidement, toujours en utilisant un tournevis en guise de manivelle. Enfin, je n'en ai pas vu dans l'énervement mais après coup, ma compagne a trouvé l'astuce qui permettais de s'en passer et d'aller plus vite. Je jette tout de même un œil sur les voitures folles qui nous frôlent pendant le montage.
On repart tranquillement et la tension redescend. Ma compagne me dit que l'on aura qu'à réparer la roue quand on rentrera à Puerto La Cruz. Ce à quoi je réponds par une question simple: "Que se passe t-il si on crève une autre fois sur le trajet?". Elle n'avait pas pensée à cette éventualité.
Sur la route, je cherche un mécano ou une station service, pour au moins voir où le pneu était crevé. Peut-être qu'avec un peu de bol serait-il seulement dégonflé. Sur les 3 stations essence PDVSA où je me suis arrêté, aucune n'avait de quoi gonfler un pneu (depuis, j'ai acheté un petit compresseur chinois à 20BsF qui marche sur la prise allume cigare). Ce n'est qu'à Caracas que je pu me rendre compte que le pneu était percé en deux endroits, sur le flan. Il était donc mort.
On recherche donc un pneu pas trop cher. Mon intention étant de coller le pneu neuf de la roue de secours sur le roue avant en aluminium (pour qu'ils soient identiques) et de mettre un pneu bon marché sur la roue de secours (en tôle). Les deux premiers garages voyant arriver un gringo: 480BsF et 330BsF. On passe notre chemin, pour en trouver un dans un parking sous-terrain à 300BsF avec la pose.
La voiture est chère mais tout ce qui va avec suit aussi. Les tapis de sol avant et arrière, les moins chers: 145BsF. Des housses pour les sièges avant et arrière 450BsF. A se prix là, on va user la toile des sièges d'origines. Vous ne trouverez pas une petite batterie 35A/h à moins de 300BsF. Un bidon d'un litre d'huile minérale (PDVSA basse qualité) coute entre 15 et 20BsF. Une huile de synthèse bon marché coute au minimum le double soit 30BsF. Comme il faut couramment 4L pour une petite voiture comme la notre, cela fait 120Bsf rien que pour l'huile. Après, il faut le filtre et le joint en cuivre que l'on ne change jamais au Venezuela. Le vénézuélien moyen espace donc au maximum les vidanges, ce qui n'allonge pas la durée de vie des moteurs. Mais on s'en fout, tant que cela roule, on continue. Plus d'infos sur la conduite locale à la page conduire.
Là, c'est la fin de l'aller pour Caracas. On a mis 4h15 pour 330km. Avec une crevaison, c'est pas mal du tout.
Au retour ma compagne conduit et ce n'est pas de sa faute, mais on a mis 5h30 sans crevaison mais avec deux accidents de camions. Cela provoque des queues monstres car les petites routes sont vite bloquées. Et comme il n'y a qu'une route, on ne peut pas faire grand chose à part attendre.
Au premier accident, un taxi a tenté de doubler un camion alors qu'un semi-remorque arrivait en face. Les
camions n'ont pas de limiteur de vitesse, donc ils roulent à fond. J'en ai suivit à 120km à l'heure sur
des routes qui ressemblent à des routes départementales françaises. Le taxi (qui souvent se prend pour un
pilote de Playstation) se rabat sur le premier camion qui le pousse contre le semi en sens inverse.
Dans un jeu vidéo, on repart sans problème dans une nouvelle partie. Dans le cas présent, le bilan est
d'un mort dans le taxi et deux camions dans les fossés opposés.
La route est donc bloquée en attendant la police et les dépanneuses pour tirer les camions des fossés.
Le semi transportait des produits pour pharmacie. Les voisins ultra pauvres en bord de route, voyant arriver la bonne affaire, ouvrent le camion à moitié couché dans le fossé et sur la route. Ils commencent à organiser sommairement la vente à prix sacrifiés de couches Pampers, mousse à raser et rasoirs jetables.
Scénario classique au Venezuela en cas d'accident. Le rêve pour eux, c'est un camion de farine ou de sucre! Après cela, c'est l'apéro pour les parents qui mettent leurs enfants sur les routes pour vendre la cargaison. Il est 8h50, le matin, et l'apèro se fait au rhum, dans la bonne humeur et dans la nature, regardant les voitures arrêtées.
Une fois, j'ai vu sur un canal de télé local un semi-remorque transportant du sucre qui s'était couché sur la route. Tous les automobilistes qui passaient à coté, s'arrêtaient pour chourrer quelques paquets au sol jusqu'à ce que la police arrive sur les lieux.
Au deuxième accident de camion, c'était plus simple. Un camion commence à monter une cote mais il est
bien chargé. Il ralenti naturellement sans pour autant freiner et allumer ses feux de stop. Un autre
camion arrive à fond, mais lui monte plus vite. Il n'a pas estimé que le camion devant lui pouvait être
très lent. Il freine trop tard et lui tamponne le derrière.
Comme cela ne suffisait pas, un semi-remorque arrive lui aussi rapido et termine le travail en tamponnant
le second pour avoir trois camions bloqués dans la monté, mais du même coté. Du travail d'orfèvre, même
les belges ne font pas mieux!
On a pu passer de l'autre coté de manière alternée et arriver chez nous, quelque peu énervé tout de même.
Voila le récit du premier voyage à Caracas avec notre propre voiture.
Edité en mars 2009
Il vaut mieux prendre le bus lol