Pour faire ses courses au Venezuela, mieux vaut s'armer de patience et de courage, voir même à prendre des vacances.
Voici la photo d'un trésor: du riz, de la farine, du lait en poudre et du sucre réunis, l'huile étant encore manquante.
Le pays souffre en effet de pénuries chroniques pour beaucoup d'aliments basiques. Je ne pense pas que cela ai été toujours comme cela, mais je constate que c'est d'actualité depuis maintenant un an et je dirai que cela aurait tendance à s'accentuer. Quand j'ai demandé aux habitants depuis quand le manque a commencé, on m'a souvent répondu "depuis la régulation des prix". La régulation et le contrôle des prix a été mise en place pour limiter l'inflation depuis 2003. Je pense que l'on peut dire que ce n'est pas un succès. Une petite visite sur ma page Bolivar vous donnera quelques informations sur le système monétaire du pays.
Dans "aliments basique", j'inclus les pâtes, le riz, la farine de maïs et de blé, l'huile, le sucre, les haricot noirs, le lait liquide comme en poudre, les viandes de poulet ou de boeuf, les oeufs, la mayonnaise, le ketchup, le café et j'en passe.
Pour le lait, je ne comprends toujours pas pourquoi on consomme plus de lait en poudre que de lait liquide. Certaines personnes m'ont affirmé que le lait liquide contenait trop de graisses, donc de cholestérol. Je rigole intérieurement quand je les vois s'empiffrer de perro caliente (hot-dog) ou d'une énorme arepa avec beurre et fromage et du porc frit, car là, le cholestérol n'entre plus en compte. Il y a pourtant du lait écrémé en vente, mais on continue de rechercher la perle rare, le lait en poudre. Sur ces produits de première nécessité, le gouvernement impose un prix maximum. C'est la fameuse régulation des prix plus ou moins respectée par les vendeurs. De manière générale, les supermarchés respectent ces prix, ce qui n'est pas toujours le cas dans les marchés municipaux.
Les grandes surfaces, qui ont une enseigne nationale, ont plus à perdre que les petits vendeurs qui sont parfois illégaux. Les prix régulés étant très proches du prix de revient, si l'en en croit les producteurs, on préfère exporter la production ou vendre sur le marché parallèle pour rentrer dans ses frais. L'état a réglementé plus durement les possibilités d'exportations pour la nourriture produite dans le pays, mais l'effet ne se fait pas sentir à mon sens. Quelques gros producteurs industriels ont même quitté le pays pour monter leurs usines là où on ne fait pas de discours fracassants sur la possibilité de remise en cause du droit à la propriété privée. Bref, le Venezuela produit moins de denrées alimentaires que par le passé alors que la population augmente. On importe donc plus de chose, en respectant plus ou moins (il faut comprendre corruption) la visible lourdeur administrative pour avoir l'autorisation d'acheter à l'étranger. La baisse de production alimentaire comme pétrolière, dont l'état ne parle pas ou dément parfois, ne serait pas complètement responsable des pénuries. La police cherche et trouve, de temps à autres, des hangars où sont cachés de grandes quantités d'aliments, attendant une éventuelle hausse de prix imposé par l'état ou la possibilité de les faire sortir du pays pour les vendre plus cher. C'est ce que le gouvernement appelle ici "la spéculation capitaliste". Evidemment, il y a des produits difficilement stockable à long terme comme les viandes ou le lait, mais on en parle pas non plus.
On peut appeler cela comme on le veut en fait, cela ne change pas grand chose au problème pour les habitants. Les rayons et étalages restent vides et quand il se remplissent, la quantité par personne est limitée. Alors, il faut tout de même dire que tout n'est pas vide tous les jours. Une semaine et parfois bien plus, par exemple, vous n'avez pas de riz. Puis quand le riz arrive, il n'y a plus de farine, après, c'est le sucre et le café et ainsi de suite. Très souvent, quand un rayon commence à se remplir par de la marchandise fraîchement arrivée, on prévient par téléphone la famille ou quelques amis. Il ne se passe pas beaucoup de temps pour que l'on voit la population sortir avec deux bouteilles d'huile, 4kg de sucre ou encore deux sachets de lait. On s'arrête donc et on fait la queue, comme d'habitude. Plus rarement, et pour l'avoir vu, le lait génère le plus de problèmes et de mécontentement. J'ai vu dans un supermarché des gens bien animés attendant la distribution de lait. Mais le patron du supermarché affirme devant la foule qu'il n'y en a pas. Cela commence à brailler un peu de tous les côtés et le bordel est tellement grand que la police arrive et constate qu'il n'y a effectivement pas lait dansle stock. On explique par la suite que le lait est dans un camion qui devait arriver plus tôt. Une personne au courant du précieux chargement en direction du supermarché a vendu la mèche et le secret s'est vite propagé.
Seulement le camion n'est pas là car il a eu un problème technique sur la route (extrêmement classique) et aura en gros deux heures de retard. Les gens restent dans un coin ou sortent un peu mais attendent pas loin. La police, quand à elle, s'en va et reviendra un peu plus tard pour assurer la sécurité dans le magasin. C'est une vision un peu folle, mais cela existe, heureusement pas tous les jours. Dans ce cas, cela se passe bien. Il y a eu des cas, où les magasins se sont fait piller par la foule qui a débordé le personnel de sécurité. J'ai lu aussi dans les journaux que la police a été obligée d'intervenir car une petite équipe de gars organisait le bordel dans le magasin pour faire fuir les clients et donc pour pouvoir acheter le maximum de quantité. Dans ce cas, je vois mal la bourgeoisie locale utiliser ce genre de méthode de voyoux. Mais c'est pourtant le refrain que l'on a tous les jours à la radio et à la télé. L'oligarchie, la bourgeoisie, les accapareurs et les salauds de capitalistes organisent et affament la population bolivarienne avec l'aide des Etats-Unis. Au début, je rigolais de ce genre de conneries car je trouvais cela un peu gros à avaler. Maintenant, je trouve cela lassant et dangereux d'opposer des catégories sociales qui subissent les mêmes pénuries sans remettre en cause le système que l'état a imposé et qui est loin de fonctionner ou de faire des heureux.
L'état importe donc massivement du lait et du sucre et c'est l'entreprise pétrolière d'état (PDVSA) qui finance et organise les ventes au tarif imposé. Une entreprise pétrolière qui emballe du lait en poudre argentin pour la population du pays, tout est possible au Venezuela!
Les supermarchés organisent leur rayons de manières différentes. Certains montrent ouvertement qu'il n'y a rien dans une partie des rayons, alors que d'autres comblent la place vacante des produits absents par un peu plus de marchandise. Par exemple, sur la photo plus haut on a l'impression que le rayon est rempli de sachets de riz. C'est exact, mais j'ai cherché un moment ou était la farine de blé. On a mis à sa place un peu plus de riz (qui manquait depuis des semaines) pour cacher le fait que l'on avait plus de farine à vendre. Les deux photos sont au même endroit, si vous placez ou non votre curseur de souris sur la photo.
Vous allez donc dans un supermarché, puis un autre et encore un autre pour faire tous vos achats, super pratique, surtout quand on a pas de voiture comme 5 habitants sur 6. Mais même en faisant cela, vous ne trouverez pas forcement ce que vous cherchez.
Une subtilité que j'ai toujours du mal à comprendre dans les supermarchés, c'est l'utilisation des cadis. Vous ne pouvez quasiment jamais sortir avec eux sur le parking pour aller jusqu'à votre voiture si vous avez la chance d'en posséder une. Il faut dire que lorsque les cadis sont à l'exterieur, personne ne les ramène à l'endroit prévu. Vous laissez donc vos cadis vides en vrac, au milieu des autres qui sont déjà devant les caisses, même si cela gêne tout le monde. A l'autre bout de la caisse, des adolescents se chargent de remplir vos achats dans de nombreuses bourses en plastique. Et ils ont le coup de main, ce sont des rapides! Ils n'hésitent pas à doubler les bourses si cela pèse un peu. La débauche de bourses est impressionnante dans tout le pays. Vous achetez un ou deux journaux, des clopes, une douceur à la boulangerie, on vous le colle dans une bourse en plastique, bref...
Vous donnez votre monnaie au jeune homme qui emballe vos commissions ou vous lui proposez ou non de charger tout cela dans son cadis spécial pour aller jusqu'à votre voiture ou votre taxis pour qu'il range le tout dans le coffre ou dans la benne du pick-up. Il y aurait plus pratique qu'un pick-up pour faire ses courses, mais ici, on ne pense pas trop à cet aspect des choses. Certaines personnes, qui achètent en gros, ont vraiment besoin de la benne et il manquerait presque des ridelles.
On peut aussi continuer de faire ses courses au marché local. Vous aurez plus de chance de trouver de la farine au prix du vendeur. Lui, il l'a acheté au prix légal. Il attend que l'on n'en trouve plus pour en coller quelques paquets sur son étalage. La rareté fera le prix. Très souvent, dans les marchés, la population ne me parait pas être des plus riches, les vendeurs comme les acheteurs. On retrouve très souvent des affiches à la gloire du président Chavez tout en ne respectant pas les prix qu'il impose pour luter contre la spéculation capitaliste. Je suis surpris de voir qu'il y a toujours autant d'admiration de la part des sympathisants du président, mais qui ne respectent pas le principe même de ses discours. Il y a beaucoup de contradictions dans ce pays et je ne sais pas les expliquer. Peut être qu'avec le temps j'aurais une explication à donner.
Là, c'est le joli coté pour aller faire ses courses. Quand on est vraiment pauvre, on va au "Mercal". C'est le marché social organisé par l'état, où normalement tous les foyers pauvres peuvent aller (sans avoir besoin d'une carte d'adhérent à un parti politique du président ou un t-shirt rouge révolution à la gloire de je ne sais qui) pour acheter à un prix parfois encore plus bas que les prix imposés par l'état. Cette intention serait plus que louable si la corruption n'y était pas entrée. J'ai vu dans les journaux que les vols par le personnel étaient nombreux et que l'on revend parfois les denrées sous le manteau, évidemment plus cher. De plus les Mercal ne sont pas épargnés par les pénuries et par les files d'attentes gigantesques à leurs entrées, mais ils existent et pour de nombreux habitants, ils sont indispensables.
Je n'ai pas tout lu, j'ai juste jeté un coup d'oeil. Dans ton blog, tu es arrivé à nous photographier dans les moindres détails sans nous mépriser. Merci de traduire ce que nous sommes en français et si tu es parmi nous, je sais déjà que tu très très patient. Félicitations !
Salut Maria, merci pour ton commentaire.
J'ai mis un peu de temps pour mettre ton commentaire en ligne, désolé.
Je ne suis plus pour l'instant au Venezuela. Même si j'ai de la patience, elle n'ai pas suffisante et elle a des limites qui ont été atteinte.
Ce que j'écris dans ces quelques pages est ce que j'ai vécu et ressenti. J'espère être le plus juste possible.