Les jours suivant mon arrivée

Quand une nouvelle journée commence, la première chose qui ait lieu, c'est le réveil. Et moi, je me suis réveillé à 4h du mat pendant une semaine. Quand je pensais au mal que j'avais pour me lever en France, j'en étais malade. Le décalage horaire et ses 5h de moins à l'époque, en serait la cause.

J'attends un peu et aux environs de 7h, je me lève enfin, j'ouvre la fenêtre et j'observe une ribambelle de gamins qui arrivent à l'école, habillés quasiment tous pareil. Mais pas tout à fait, à bien y regarder. Leurs pantalons sont bleus foncés et les chemises sont différentes selon la classe, mais sont identiques pour tout le pays et sans distinction d'écoles publiques ou privées.

Il y a les jaunes (maternelle), les rouges (entre 4 et 6 ans), les blancs (école primaire de 7 à 12 ans), les bleus (collège de 12 à 15 ans) et les beiges (lycée après 15 ans). On m'explique que c'est beaucoup plus simple, grâce à cet uniforme, de voir un gamin qui fuit les cours avant l'heure. Et on va lui demander ouvertement dans la rue, pourquoi il n'est pas en cours.

L'école commence classiquement de 7h30 à 12h et continue de 13h à 17h. Pour terminer sur l'école, les vacances scolaires sont bien moins nombreuses qu'en France: 3 semaines à Noël, une semaine pour ce qui s'appelle ici la "semaine sainte" et un mois en été ainsi que deux ou trois jours fériés dans l'année, cela ne fait pas lourd.

Après cette première et courte vision du Venezuela vue de haut et quelques tasses de café très parfumées, je pars en voiture dans le centre ville de Puerto la Cruz .

En voiture, on est bien secoué car les routes sont dans un sale état et les plaques d'égout ont souvent une grosse pierre ou une signalisation quelconque pour ne pas rouler dessus. Une fois en ville, pour parler franchement, le premier truc qui m'a choqué, c'est la propreté. Je ne suis pas un malade du ménage ni un maniaque de l'eau de javel, mais il faut appeler un chat un chat. Et là, ce n'est pas sale, c'est crade !

Bien souvent, aux endroits où l'on vend des sandwichs et des boissons (c'est à dire quasiment partout), il n'y a pas ou peu de poubelles, des verres et des assiettes en plastiques jonchent le sol, des canettes de bières sont en morceaux sur les trottoirs, les capsules des canettes sont intégrées au sol dans le goudron, et dans les caniveaux déjà bien remplis, s'écoulent de nombreux papiers ainsi que des pailles flottantes portées par un liquide noir jusqu'à une bouche d'égout éventrée. Des bourses en plastique sont un peu partout au sol et volent au moindre coup de vent. Il n'est que 10h et la chaleur commence à être intense. Autour des stands préparant les hot-dog, émane une odeur intense de pourriture.

Des restes de salade, de choux, d'oignons et de pain à même le sol se décomposent au soleil alors que je commence à sentir les odeurs des fritures venant d'un peu plus loin. J'aperçois quelques chiens errants se promenant à la recherche de nourriture. On jette tout au sol sans même chercher une poubelle. Vraiment, c'est crade et c'est peu de le dire!

L'activité commerciale est intense. On peut à peine marcher sur les trottoirs et on navigue donc sur la route, au milieu des antiques voitures américaines transformées en taxis collectifs qui s'arrêtent de nombreuses fois pour déposer ou prendre des clients, rajoutant donc une odeur d'essence et d'huile tout en diffusant une abondante fumée bleue. Les vendeurs à la sauvette que l'on appelle ici comercio informal ou buhoneros (commerce sans existence légale ou colporteurs) est officiellement interdit. Les personnes travaillant ici sont très pauvres et ne payent aucune taxe, aucun impôt ni TVA. D'une certaine manière, la concurrence est déloyale face aux commerces qui eux sont enregistrés, qui payent leur loyer et leur TVA, qui ont devant leurs entrées, sur le trottoir empêchant d'entrer facilement, les stands plus ou moins improvisés fait de parasols, de bâches en plastiques, de cartons et de fil de fer.

Les stands sont donc illégalement sur les trottoirs et parfois sur les routes gênant la circulation des voitures qui protestent vigoureusement, à grands coups de klaxon et utilisant parfois des sirènes d'ambulances américaines. Les voitures circulent tellement mal dans certaines petites rues qu'elles n'y vont plus. Il s'installe donc encore plus de petits stands tous plus illégaux que les autres et les rues se coupent d'elle même à la circulation. Certains ont même construit leur box en dur, sur la route et le trottoir, convaincu par les nombreux messages télévisés de leur président que l'on ne les empêchera pas de travailler.

Tout ce petit monde travaille aux sons des nombreux vendeurs de CD et DVD pirates. Il n'y a visiblement aucune application des lois sur le respect des droits d'auteurs ni d'équivalent à la SACEM française. Chacun à une petite installation sono branchée à la sauvage sur le poteau électrique le plus proche, et le stand d'à coté se branche sur son voisin et ainsi de suite. La police elle même vient s'approvisionner ici et ne dit rien, même à l'instant ou un mec monte sur le pilonne

pour brancher sa rallonge électrique. Je l'ai vu, alors je peux en parler.On passe d'un stand à l'autre avec une musique ou un film différent et l'on est souvent interpellé par les vendeurs mais sans aucune agressivité. "A ton service, j'ai les derniers films américains!". Certains essayent de me parler en anglais et je comprends encore moins ce qu'ils me disent. J'essaye d'expliquer avec mon espagnol de l'époque que je suis français et pas américain, et on me répond en rigolant que c'est pareil. Un autre, plus malin, me propose un DVD pirate de Mr Batignole avec Jugnot en Français et sous-titré en espagnol. La réception par l'antenne télé et les programmes sont tellement mauvais que 5 films gravés sur une unique face de DVD apparaît ici comme étant de bonne qualité. Prix constaté du DVD pirate: 5000Bs soit 2.3$. Le DVD de Shrek 3 par exemple était en vente dans la rue, dans les longs embouteillages, bien avant la sortie au cinéma. Il était en Anglais et sous-titré en espagnol par l'auteur de la contrefaçon. Vendu avec un album de dessin à colorier pour les enfants, il se négociait 5000Bs.

On continue de naviguer d'un trottoir à l'autre où il manque assez souvent les trappes d'acier d'arrivée d'eau, d'électricité ou même d'égout. Il faut donc bien faire attention où l'on met les pieds. On profite de cet espace ouvert pour le remplir de canettes, de verres en plastique et autres détritus. Je regarde le paysage urbain et quelque chose attire mon attention sans pour autant savoir de quoi il s'agit. Je voyais bien les différences de propreté, du commerce, de circulation, mais les villes me paraissaient avoir quelques choses en plus que je ne savais définir. Je me rendrai compte de nombreux jours après que ce qui attirait mon attention était en hauteur.

Des poteaux électriques supportant de gros transformateurs pullulent dans les rues de la ville. Des câbles traversent les rues de manière anarchique et forment à certains endroits de véritables toiles d'araignées très denses. Cela ne m'a jamais choqué en France. En fait, je n'y ai jamais fait gaffe. Et pour cause, puisque il n'y a pas de transformateur tous les 20 mètres en haut de poteaux rouillés. De même qu'ici, il n'y a pas d'armoire de raccordements électriques. Tous les câbles d'alimentations des maisons et appartements partent depuis les câbles tendus entres deux poteaux sur le trottoir, traversent les rues, en pendouillant plus ou moins, jusqu'à un tableau électrique éventuel.

Les journaux font états de nombreux accidents et électrocutions de personnes montant sur les poteaux pour raccorder leurs habitations de manière plus ou moins légale ou même d'accidents domestiques. Après m'être rendu compte du retard dangereux dans ce domaine, je me suis demandé comment on se raccordait au réseau d'eau de la ville. C'est exactement au même niveau que l'électricité. J'ai donc consacré un chapitre au domaine du bâtiment où vous trouverez plus de détails sur les particularités d'approvisionnement d'eau et d'électricité.

Je ne montre pas beaucoup de belles choses sur cette page, c'est le moins que l'on puisse dire.

C'est pourtant le quotidien de la vie de chaque personne se rendant en ville. Je pense que cela ne changera que si la population décide de faire quelque chose et non pas en fonction du pouvoir en place, même si son efficacité est discutée et discutable. J'entends et je lis des propos qui expliquent que si c'est sale (ou plus), c'est parce que les services de ramassage des ordures et de nettoyage ne sont pas assurés. Donc la faute de ceux qui gouvernent. C'est un peu facile et je le vois autrement, même s'il est vrai que les services de ramassages mériteraient un peu plus d'organisation.

A mon sens, aucun service de ramassage et de nettoyage ne sont responsables de tout ce qui est jeté par terre par la population. C'est la population elle même qui vit chaque jour un peu plus dans la merde parce qu'elle en a l'habitude et qu'elle la perpétue! Les habitudes sont longues à se modifier d'elles mêmes.

Les personnes que je rencontre me voyant pour le moins surpris de voir tant de bordel se plaisent à me dire qu'ici, au Venezuela, tout est possible. Après quelques semaines, je serai convaincu de cette affirmation.

Tout est possible ici, le meilleur comme le pire.

Le suite, c'est le commerce.

Edité en février 2008

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