Si vous comptez rester quelques temps au Venezuela, vous serez forcement amenés à goûter aux joies des papiers et formulaires à remplir. Les papiers sont ici un véritable enfer car on doit faire face à des services administratifs aussi corrompus que désordonnés. Les ordinateurs sont bien entrés dans les services, mais cela n'a amené que plus de lenteur.
Pour donner un exemple rapide dans le cas d'un
passeport vénézuélien: Vous êtes obligé d'aller sur le site internet gouvernemental qui est saturé du
matin au soir. Vous ne pouvez pas faire autrement que vous enregistrer électroniquement dans un premier
temps pour avoir un rendez-vous que l'on vous donnera plus tard (bien plus tard) par email. A vous d'être
patient et d'avoir un ordinateur accédant à internet à domicile. Certaines personnes attendent depuis
plus de six mois et n'ont toujours pas de réponse. Vous ne connaitrez le lieu du rendez-vous qu'à ce
moment là. Certains vont directement à Caracas, puisque tout y est centralisé. On fait la queue comme les
autres, dès 5h30 du matin alors que le service ouvre à 8h30.
De plus, que vous y alliez en personne ou sur le site internet, vous ne pouvez pas le faire tous les
jours. Vous le ferez en fonction du numéro de votre carte d'identité. S'il se termine par 0 ou 1, c'est
le lundi. Par 2 ou 3, c'est le mardi...
Quand vous êtes étranger, vous n'avez pas de carte d'identité et donc pas de numéro. Vous pouvez y aller
tous les jours et attendre que l'on veuille bien vous répondre.
La majeure partie du temps, le service fait trainer en longueur votre dossier (pour un visa par exemple)
en se disant que vous craquerez avant eux, que vous finirez bien par lâcher quelques centaines de dollars
américains.
Et c'est comme cela pour les cartes grises des voitures, pour les cartes d'identité, pour avoir droit d'acheter quelques dollars avec Cadivi etc...
Une autre subtilité ici, c'est que si un service quelconque a une capacité de traitement de 100 dossiers par semaine, au bout de 100 dossiers reçus, on ne peut plus déposer de dossiers. Le service est fermé au public voulant donner son formulaire pour avoir un document. Il faudra attendre la semaine prochaine pour déposer vos documents. Peut-être comprenez vous mieux que quand on fait la queue, il vaut mieux être dans les premiers, sinon, vous allez vous taper trois heures d'attente et quand cela sera bientôt à vous, on vous dira: "Circulez, il n'y a rien a voir! On a trop de dossiers, on ferme!"
Les mariages dépendent des préfectures et non des mairies comme en France. Il y a une loi commune dans ce
domaine pour tout le pays. Mais comme on est au Venezuela, chaque préfecture fait ce qu'elle veut de
cette loi. C'est à dire que si elle ne vous demande pas tel ou tel papier comme il est écrit dans le code
civil, c'est légal!
Elle peut aussi vous en demander qui ne sont pas inscrit. Et là, cela change tout. Bref, c'est un joyeux
bordel car personne ne demande la même chose en fonction de la région où vous vivez et personne ne peut
donc vous renseigner sur ce qu'il vous faudra avant d'avoir choisit la préfecture de votre futur mariage.
Même à la maison mère des étrangers de Caracas, l'Onidex, ils ne savent pas.
Pas la peine d'essayer de les appeler par téléphone, ils ne répondent pas. Et quand j'y suis allé, on m'a
dit que ce n'était pas la peine de regarder le site pour voir l'avancement de mon dossier car les données
des utilisateurs n'avaient pas été mise à jour depuis plus de trois mois.
Tout d'abord, il faut un acte de naissance de
moins de trois mois des conjoints. Là, je ne comprends pas bien l'histoire d'une date de péremption sur
un document qui stipule mon nom, celui de mes parents et ma date de naissance. Si j'en ai un qui date
d'un an, aurais-je un autre nom, d'autres parents et une autre date de naissance ?
Pour ma part, je pensais en demander un à l'ambassade de France. Grosse erreur! L'ambassade ne fournit
pas ce genre de papiers. A toi de te démerder avec quelqu'un en France pour qu'il en demande un à la
mairie concernée et qu'il te l'envoie au Venezuela alors qu'il n'y a pas de service de courrier digne de
ce nom. Si tu l'envoies par La Poste et si jamais tu le reçois, il y a de fortes chances qu'il soit
périmé. Trois mois pour aller de France au Venezuela, c'est possible pour une lettre. Dans la majorité
des cas, la lettre de France arrive bien au semblant de poste locale qui s'appelle Ipostel, mais elle restera dans leurs bureaux
jusqu'à ce qu'il y ait assez de courriers pour aller dans la zone. Les lettres traînant un certain temps
dans cet endroit, il y a très peu de chance que le contenu ne profite à un fonctionnaire peu
consciencieux (pour ne pas dire véreux ou corrompu) avant qu'elle ne se perde ou parte directement à la
poubelle.
Une des solutions consiste donc à aller en France pour avoir non pas un acte de naissance mais plusieurs, genre trois ou quatre. L'autre solution est de passer par un transporteur genre DHL ou MRW (peu connu en France mais très courant ici et dans le reste de l'Amérique Latine) mais cela ne sera pas cadeaux. Comptez au moins 100€ pour une lettre et quelques semaines de délais.
Au Venezuela, pour avoir un acte de naissance il faut aller à la préfecture du lieu de votre naissance.
Et comme on fait dans le simple ici, il y a une préfecture par municipalité. Je rappelle que j'ai une
page géographie qui explique un peu plus dans le détail.
Comme je viens de le dire plus haut, il n'y a pas de courrier. Il sera donc impossible de vous faire
envoyer le moindre papier. Il faudra donc vous déplacer. De plus, comme on est dans un pays qui se veut
profondément socialiste mais ayant des valeurs sociales rares, les actes de naissances sont payant, tout
comme beaucoup d'autres papiers d'ailleurs.
On paye en fonction de ce que l'on appelle ici "unidad tributaria". On
achète des timbres fiscaux par fraction d'unités fiscales. C'est de mon point de vue plus intelligent
qu'en France. Il suffit d'augmenter le prix de l'unité fiscale pour augmenter la valeur faciale des
timbres. L'état n'a pas besoin dans ce cas de les réimprimer. On paye aussi le papier à entête qui est au
format office. Ici, on parle souvent de formats de papiers nord américain comme le format carta (US letter 216x279mm) et ofício (US office
216x330mm) et rarement de A4 ou A3. Je précise pour terminer l'aparté sur le papier, qu'il n'est pas
épais car il ne dépasse pas 75g/m2.
Cette unité fiscale vaut début 2009 46BsF
A ce propos, le journal officiel du 26/02/09 vient d'indiquer que l'unité fiscale venait d'augmenter de
presque 20% pour être désormais à 55BsF.
On se sert de cette unité fiscale pour tous les papiers d'états civils, mais aussi pour les amendes, ou
les frais notariaux, de successions etc...
Enfin, on paye en fonction du temps que l'on souhaite perdre à attendre son document. Si vous n'êtes pas
pressé, il faut 3 jours minimum et 0,5 unité fiscale pour le timbre ainsi que 0,2 pour le papier. Si vous
le voulez le jour même, cela sera le double pour le timbre et vous n'êtes pas sûr de l'avoir ce jour. Il
faudra de plus payer un supplément en espèce pour frais de gestion rapide. Concrètement, si vous êtes né
à 250 bornes de l'endroit où vous vivez actuellement, il faudra prévoir plus d'une journée pour avoir
votre acte. C'est beau le progrès social au Venezuela!
On peut aussi aller au registre principal de l'état où vous êtes né. Le registre principal possède normalement un double de tous les registres des municipalités qui le compose. On peut consulter les livres si jamais celui de votre année de naissance y est encore. Les livres datant à peine de dix années sont dans un état de chiffon. Comme tout le monde peut consulter sans y prêter une attention particulière, il n'est pas rare d'avoir des pages manquantes ou déchirées ou d'avoir des traces de gras, de café ou même des annotations personnelles.
Une ultime solution consiste à aller directement au registre national de Caracas où vous ne pourrez rien consulter par vous même. Les livres devraient donc être en toute vraisemblance en meilleur état, sous réserve d'être identique à l'original. Mais le tarif et le délais sont bien plus importants.
Dans notre cas présent, le livre des naissances du registre principal indiquait que ma future épouse
n'avait tout simplement pas de père. Dans la duplication manuelle des livres (au stylo), on a oublié
d'écrire le nom du père. On nous a donc fait un acte de naissance sans le nom du père de mon épouse. Il
nous a fallu revenir avec un acte de mariage des parents de ma compagne, pour faire une modification du
registre d'état civil, puis de l'acte de naissance et y incorporer le nom du père. Modifications qui
nécessitent du temps, du papier à entête et encore des timbres fiscaux, bien évidement à notre charge. La
bonne tenue des livres incombe au registre civil et on nous demande de payer car une erreur s'est glissée
dans leurs registres.
Mais je rêve ou quoi? Où est le sens des responsabilités dans ce pays ? Simple réponse: Il n'y en pas.
Coût de l'opération: 0.5 unité fiscale pour le timbre et 0.2 UT pour le papier (x2) et 180BsF de frais de gestion soit un total de 230BsF. Ça, c'est un service public de qualité et proche du peuple! Vous me direz,
normalement, on ne se marie pas tous les jours et vous avez raison.
A noter aussi, que l'organisme est tellement honnête que l'on ne peut s'acquitter de la dette directement
au comptoir. Vous devez lui demander un bordereau qui fixe le montant du dépôt que vous devez faire dans
la seule banque qu'il vous propose. Cette banque qui n'est pas forcément à coté, vous tamponnera par la
suite votre bordereau de dépôt qu'il vous faudra montrer au registre en revenant. Normalement, aucun
organisme d'état ne peut vous demander du blé au comptoir. Vous devez faire un dépôt en banque sur leur
compte et en donner la preuve avec le bordereau tamponné par la banque. Ne comptez pas vous en sortir
avec un simple virement par internet ou par votre banque.
Nous avons donc les actes de naissances des futurs conjoints. C'est bien, mais le mien est en français. Je dois donc le faire traduire par un traducteur officiellement reconnu par l'état vénézuélien. La liste est donnée par l'ambassade de France mais il vaut mieux se la procurer auprès du ministère de l'intérieur et de la justice, à Caracas, une nouvelle fois. Les données y sont plus récentes et je pense que le ministère en question doit transmettre les mises à jour aux ambassades seulement quand il y pense. Je téléphone à un traducteur qui est une traductrice et en plus, qui s'avère être française. Très sympathique, malgrès son age, cette traductrice me donnera mon acte traduit le lendemain pour 60BsF . Il n'y a que dix lignes à traduire mais bon, c'est rapide, officiel et dans la bonne humeur, alors il n'y a pas de quoi en être mécontent.
Mais ce n'est pas terminé, cela serait trop simple. Mon acte est traduit en espagnol mais je dois aller au ministère de l'intérieur et de la justice pour qu'un responsable (si jamais cela existe dans ce pays au sens où je l'entends) me colle une apostille sur la traduction. En fait il s'agit d'un nouveau tampon que l'on va apposer sur votre document. Vous devez donc encore acheter des timbres fiscaux et du papier à entête. Le traducteur est officiellement reconnu par leur service mais ils veulent vérifier la traduction. Pourquoi pas!
De nouveau à Caracas, au ministère en question à 7h30 du mat. L'organisme est déjà ouvert et met à disposition des chaises pour attendre l'arrivée du personnel administratif qui commence lui à 8h30. Il arrivera seulement avec 5 minutes minutes de retard, ce qui est assez rare pour le souligner. On doit aller au 4ème étage de cette grande tour. On patiente devant l'ascenseur car il y a la queue. C'est normal, on n'était pas les premiers. Mais les ascenseurs ont un ordre. Il y a quatre ascenseurs et trois sont accessibles au public avec des niveaux bien précis. Le notre va du rez de chaussé au quatrième. La porte s'ouvre et une opératrice d'ascenseur est là, assise sur un siège à vérin hydraulique, pour appuyer sur le bouton à notre place. Je n'en reviens pas! On paye une jeune femme pour appuyer sur le bouton de l'étage. Mais on prend quotidiennement les gens pour des cons dans ce pays! On appelle cela du travail social. Je me demande bien quelles sont les perspectives d'évolutions (je ne parle pas de hauteur dans l'ascenseur mais de carrière) pour cette jeune femme. Bref...
Nous arrivons au 4ème et l'accueil nous demande ce que l'on veut. On s'explique et on nous répond que ce
n'est pas ici. On essaye de mieux s'expliquer et de se comprendre. Une personne sort d'un des bureaux et
vient discuter à l'accueil avec le personnel. Elle entend notre conversation et à notre étonnement,
explique alors à ses collègues que c'est bien ici. Elle nous demande de la suivre dans un dédale de
couloirs et on arrive dans un des bureaux vides. Le gars arrivera un peu plus tard. On montre nos papiers
et il nous dit que ce n'est pas de son ressort. De mieux en mieux! Cela me fait penser à un dessin animé:
Les douze travaux d'Astérix, avec la scène où ils se font balader d'étage en étage.
Il nous amène gentiment à un autre bureau où un homme joue au solitaire sur son PC. Il nous explique que
pour signer et tamponner, le délais est de trois jours. Moi, je me dis qu'il va nous demander du blé pour
aller plus vite et pour avoir mis de coté sa partie de carte. Mais non, je suis mauvaise langue. Il nous
demande quel est notre traducteur. Un petit peu de bol arrive à nous car il doit signer une traduction du
même auteur et il nous propose de nous signer le papier dans la journée si on a le papier à entête et les
timbres fiscaux. Par curiosité, je lui demande s'il parle français. Pas le moins du monde me répond-il,
mais il doit signer et tamponner pour officialiser la traduction. Le mec qui vérifie la traduction ne
vérifie donc que la signature et le tampon du traducteur. Je comprends mieux pourquoi il faut trois
jours!
Je me rappelle que c'était quelques semaines après l'élection des
gouverneurs et maires de fin novembre 2008. La mairie de Caracas était dorénavant gouvernée par un
opposant aux Camarade Président Chavez. Le personnel squattait la mairie car il n'avait pas eu sa prime
de noël. Il nous était impossible d'acheter des timbres fiscaux. Tout Caracas était bloqué par les
partisans du président mécontents que l'ancienne équipe du maire ne les ai pas payé. Il faut savoir que
lorsque vous faites un papier au Venezuela, vous devez acheter les timbres dans l'état où vous faites vos
documents. Vous êtes à Caracas, il vous faut des timbres du District Fédéral. On ne peut les acheter qu'à
Caracas. De même, vos papiers dans l'état Anzoategui doivent être achetés dans cet état. La photo du
timbre un peu plus haut vous donne un exemple. Pratique n'est-ce pas ?
On trouve une personne dans la rue qui vend du papier officiel et des timbres. C'est une manière très courante d'en trouver. La photo ci-contre montre succinctement le point de vente sur le trottoir. Un des problèmes est que cette personne ne sait pas compter d'une part (ce qui est très courant) et qu'elle a déjà collé les timbres sur le papier à entête d'autre part. On lui demande un timbre de 0,4 unité fiscale et elle nous répond qu'elle n'a que des timbres de 0,1. Un client à coté de moi répond ce que je pense, c'est à dire que 4x0,1 cela fait bien 0,4! Mais elle n'en démord pas: "Cela ne va pas vous servir: 0,4 et 4 fois 0,1, ce n'est pas la même chose monsieur!". On achète tout de même à un prix prohibitif puisque le timbre ne doit pas valoir plus que sa valeur faciale, et on repart en courant au ministère. Lequel nous dit qu'il ne veut pas de notre papier car les timbres sont déjà collés mais qu'ils sont de la bonne valeur. On essaye de se faire rembourser par la vendeuse qui n'a déjà plus de timbres à vendre car tout le monde à cette époque en cherchait. Elle ne nous remboursera pas la valeur qu'elle nous avait demandé peu de temps avant, dans un élan de malhonnêteté et devant les autres clients qui attendent pour acheter notre papier timbré. On file ensuite vers le temple de la corruption: l'Onidex (le servie d'immigration) où l'on trouve assez souvent des vendeurs de timbres et de papiers officiels. Un premier vendeur n'a que des timbres de 0,5 unité et propose de me le vendre au double du prix légal. Je lui fait remarqué, et il me répond: "Il n'y en plus en ce moment, alors c'est plus cher!". Dure réalité que de vivre dans un pays dont le président explique à sa population que le capitalisme est un virus mondial qui n'a pas touché le Venezuela!
On passe notre chemin et on trouve enfin un vendeur qui possède la perle rare et qui la vend au tarif
officiel, non sans nous demander ce pour quoi on la destinait.
On pensait qu'il était trop tard pour retourner à l'Onidex vu qu'il était
plus de 15h. De plus, il s'était mis à flotter fortement, ce qui ne facilite pas la marche à pied sur les
trottoirs de Caracas.
J'oublie de préciser que l'on se rend à Caracas en voiture depuis que l'on en a une. Autrement c'est 5h
de bus et 100BsF aller-retour par personne. Mais une fois dans
Caracas, mieux vaut utiliser le métro, les petit bus et tes jambes, car dans un embouteillage de 2h, tu
vas plus vite à pied.
Le lendemain, on nous expliqua que l'on aurait pu venir. On aurait dû tenté le coup. On le saura pour la
prochaine fois.
Maintenant, je vais à l'ambassade de France pour donner mon acte traduit et visé par le ministère de l'intérieur vénézuélien. La préfecture qui célèbrera mon mariage me demande l'apostille française qui se traduit par quelques tampons et 9€ en timbres fiscaux que l'ambassade vend en Bolivars au tarif officiel. La personne que j'ai eu à l'ambassade m'a très bien reçu et a été efficace. On n'est pas obligé de revenir en France pour cela, c'est déjà bien. Mon acte est prêt. Nous voilà sauvés!
Après cette routine, il nous faut une lettre officielle certifiant que nous sommes célibataires. J'en
avais fait faire une pour moi, en France par ma mairie, mais cela ne convenait pas à la préfecture du
coin et en plus, il fallait la traduire. Il nous faut aller chez un notaire public avec une lettre (faite
par un avocat) certifiant sur l'honneur que nous sommes célibataires. Ensuite on signe et il faut deux
témoins par personne. On demande donc à quelle banque on doit payer les frais qui s'élèvent tout de même
à 240BsF (120BsF
par célibataire) et on nous répond que l'on peut payer directement, non pas à la caisse, mais directement
en espèces devant le bureau de notre fonctionnaire. C'est contradictoire avec ce que j'ai écrit plus
haut, mais nous sommes dans un cabinet de notariat d'état du Venezuela, pays où tout est possible. On ne
discute pas. Elle colle les billets dans un tiroir et on demande si on peut venir l'après midi avec nos
témoins pour signer. Visiblement, cela la dérange et elle nous répond que cela serait plus rapide (et
sans supplément) si elle nous fournissait les témoins! Et oui, cette fonctionnaire va nous trouver quatre
témoins dans l'heure, que l'on a jamais vu, et qui vont affirmer et signer qu'ils nous connaissent comme
célibataires.
De toute façon, les notaires ne font que vérifier l'identité des personnes présentes (normalement) et non
la véracité de ce qui est écrit sur les papiers. Bon, dans mon cas, on ne m'a même pas demandé mon
passeport.
C'est beau et surtout, c'est sérieux le Venezuela n'est-ce pas?
C'est probablement pour ces méthodes de fonctionnement que l'on accorde aucune valeur aux papiers. On
peut en avoir comme on veut, il suffit de payer! Et même quand on veut faire officiel et sans corrompre,
c'est l'état qui te propose la magouille que l'on appelle ici chanchuy.
Dans mon cas présent, je dirai que le papier n'est pas faux, puisqu'à l'époque, nous étions bien tous les
deux célibataires. C'est les témoins sortis d'un chapeau qui me dérrangent.
La suite en vidéo montre à quel point on est consciencieux pour tamponner un document. C'est comme cela
dans tous les organismes d'état.
La vidéo est courte et n'est ni truquée ni accélérée (par contre, le son est mauvais). De
plus j'avais demandé auparavant si je pouvais filmer, et cela n'a posé aucun problème.
Nous voilà presque en passe d'avoir terminé les papiers nécessaires au mariage. Et là, c'était le plus
facile!
Pour le mariage, il y a deux manières de faire. Soit vous vous mariez au guichet de la préfecture, devant
le public qui siffle, applaudit et braille au téléphone portable, soit vous payez pour que le préfet (ou
son représentant) vienne chez vous (ou à un autre endroit) pour célébrer le mariage civil. Inutile de
demander une salle à part dans la préfecture pour être à l'écart du public qui vient tout normalement
accomplir des taches administratives quotidiennes.
Le préfet se déplace avec sa secrétaire quelque soit l'endroit, même sur une île. Coup de l'opération pour 5km de distance: 500BsF. C'est pas cadeau, mais quand on aime, on ne compte pas. Avec cela, vous avez le droit de venir à la préfecture pour la remise de deux actes de mariages originaux, mais non-légalisé.
Il faut légaliser le mariage d'une citoyenne vénézuélienne avec un citoyen étranger: moi.
Puis, il me faudra enregistrer le mariage en France par l'intermédiaire de l'ambassade. J'avertis que ce
que je raconte est tout à fait véridique.
Première chose à faire: il faut légaliser le mariage auprès du registre principal d'état civil de l'état où l'on réside. Là j'ai du bol, j'habite la capitale (à peu de chose près) de l'état d'Anzoatégui, donc là où se trouve le registre principal.
En quoi cela consiste?
Mon acte de mariage est tout à fait légal et signé par des fonctionnaires d'états officiels. Mais cela
n'est pas suffisant pour le Venezuela! On fait rarement les choses connement à moitié dans ce pays. Le
chef du registre principal doit rédiger et signer une lettre qui explique qu'il connaît bien le préfet
qui à signé mon acte (et je dois lui fournir le papier à entête avec des timbres fiscaux). Il ajoute son
matricule, les dates et dix coups de tampons. Coup de l'opération: 0.7 unité fiscale pour la paperasse et
180BsF pour les frais de gestions du registre d'état civil.
Soit un coût total de 212BsF:
Une fois encore les frais de gestion sont à régler à la banque avec une queue terrible car on est en fin de semaine, et tout le monde vient avec son chèque ou son bon d'aide sociale pour avoir du liquide.
Le registre est ouvert de 8h du mat à 16h sans interruption. C'est du moins ce que l'on peut lire sur les papiers qui ornent les murs de l'établissement. Le temps d'aller chercher mon acte à la préfecture et de naviguer dans Barcelona entre les bouchons et les bras cassés qui roulent à contre sens (je rappelle que j'en parle aussi dans ma page conduire), j'arrive à 11h au registre principal. On n'est pas tout seul, évidement. On fait la queue et arrive 11h30 quand vient notre tour. Mais la personne au guichet de paiement a faim et ferme en nous disant: "je reviens à 1h30PM". Moi, je me dis: ok, elle a tout à fait le droit de faire une pause et d'aller manger. Elle ne va pas se taper la journée continue sans becter, mais un ou une collègue va la remplacer. Eh bien non, cela ne marche pas comme cela ici!
Il faudra revenir l'après midi pour avoir le bordereau de dépôt pour la banque, aller à la banque, faire la queue 1h30 à son guichet et revenir pour montrer que l'on a fait le dépôt et attendre trois jours pour avoir nos tampons qui prouvent que le préfet n'est pas Fantomas.
Et ce n'est pas terminé!
Maintenant il faut aller à Caracas, au ministère de l'intérieur et de la justice pour qu'un gars du ministère légalise la signature du chef du registre principal qui lui même a légalisé la signature du préfet. Rebelote avec timbres fiscaux et papier officiel, si ce n'est que l'on en a trouvé plus facilement.
Encore une fois à Caracas à 7h30 (soit seulement une heure avant l'arrivée du personnel) pour faire la queue le moins de temps possible. Notre document peut nous être remis le lendemain après midi. Mais je vais bientôt être clandestin car mon visa de 90 jours arrive à expiration. On part donc un gros week-end à Bogota (en Colombie) puis on revient à Barcelona pour que ma compagne puisse voter au référendum du 15 février 2009.
On repart donc à Caracas pour aller chercher mon acte de mariage avec ses nouvelles signatures au
ministère de l'intérieur et de la justice. Ils n'ont pas utilisé le papier à entête et se sont contentés
de tamponner le timbre et de rajouter une feuille imprimée aux autres annexes.
Sur la vitrine du guichet, il est écrit que chaque personne peut déposer cinq documents maximum. De plus
il est écrit un peu plus gros que les documents vous seront remis le lendemain gratuitement. La bonne
blague!
C'est gratuit, mais pour avoir le tampon, tu dois payer les timbres fiscaux et le papier à entête. On se
moque de qui?
Maintenant, il faut que nous allions ou ministère des affaires extérieures pour avoir l'apostille sur mon
acte de mariage.
Je dois encore fournir le papier à entête et les timbres fiscaux. Cette apostille revient à dire que mon
acte de mariage dont la signature du mec du ministère de l'intérieur et de la justice, reconnaissant la
signature du chef du registre d'état civil de Barcelona, reconnaissant lui même la signature du préfet
qui nous a remis un acte de mariage signé de sa main, est authentique et légal. Rien que ça!
Problème: le ministère n'est ouvert au public que le matin dans le cas où on doit déposer un document et c'est mon cas. Il nous faut donc attendre le lendemain matin et passer la nuit à Caracas. Nous nous rendons au ministère à 7h30 et qui ouvre de 8h à 11h le matin. 50 personnes sont assises devant nous sous une toile de tente dans la cour et attendent sagement l'ouverture. On présente notre document et on peut le rechercher le lendemain de 14h à 15h30. On revient le lendemain et on a enfin notre acte de mariage presque prêt.
Cela sent la fin. Je dois maintenant faire traduire tout ce petit monde pour que l'ambassade de France
reconnaisse mon mariage au Venezuela et le transmette je ne sais pas où dans l'hexagone.(Plus tard
j'apprends que c'est à Nantes que cela se passe)
Je téléphone à ma traductrice préférée qui me dit de venir lui apporter le document. Je le récupérerais
trois jours plus tard, à Caracas. Encore un voyage en voiture à éviter les
trous sur la route pendant plus de 650km aller-retour. La traduction me couteras 230BsF.
C'est devenu un vrai livre avec ses 15 pages, 21 agrafes et ses 53 coups de tampons.
On se présente à l'ambassade et on nous pose quelques questions classiques pour savoir si ce n'est pas un
mariage blanc. Une fois les questions terminées, on me dit: "C'est en cours de traitement. Il faut
compter entre 3 et 6 mois pour que le mariage soit enregistré en France".
Il faut croire que les fonctionnaires français ont pris le rythme sur leur collègues latinos!